L’homme perdu ne pleure pas…
“C’est l’arrabal, ici, mon p’tit gars. On ne choisit pas d’y vivre, l’exil nous y amène”

Théâtre, musique, danse
Comédie dramatique
Auteur : Olivier Mouthon
Mise en scène, direction musicale : Didier Carrier
Assistante mise en scène & direction musicale : Marina Paglieri
Les meneurs de jeu
Les rôles musiciens
- Carlo : Jeu, Tobia Giorla | bandonéon, Garpar Pouyé
- Lorenzo : Jeu, Léonard Vautrin | guitare, Pedro Ratto
- La Morocha : Jeu et violon, Marina Paglieri
- Leandro : Jeu, NN | piano, Adrien Praz
- Adeline : Jeu, chant et contrebasse, Marine Le Mouel

Buenos Aires, 1898. Chaque jour, les navires vomissent des flots de migrants fuyant la misère de l’Europe. Aujourd’hui, on les appellerait des « requérants d’asile économiques ». Carlo débarque du vapeur de Gênes. En quittant sa vallée, il laisse derrière lui la petite communauté réformée des Vaudois du Piémont. Homme de la terre, il rêve de cultiver d’immenses territoires vierges mais c’est la ville qui le happe. Anéanti par la misère sordide des faubourgs, en proie aux luttes intérieures avec ses fondements religieux, il se laisse subjuguer par une musique et un instrument fascinants : le tango et le bandonéon.
Avec ses compagnons musiciens, Carlo traverse les premiers âges du tango rioplatense (du Rio de la Plata) ; jusqu’au jour où la mort brutale du grand Gardel et de son orchestre lui rappelle le souvenir de sa famille et de ses racines. Son parcours l’a conduit loin de ses sources, parviendra-t-il à les retrouver ?
Le titre est dramatique mais le spectacle se veut convivial et divertissant. En suivant le périple de Carlo et de son orchestre atypique, le spectateur se heurte aux dures conditions de la migration. Dans le même temps, il est emmené aux origines du tango argentin et à son évolution dès l’aube du XXe siècle. Restituant l’atmosphère des lieux de naissance du genre, la vie et la fête se mêlent à l’indécence et aux périls des conventillos où logeaient les nouveaux immigrants, des bordels miteux de faubourgs ou des cabarets bourgeois.
Tantôt simple spectateur, tantôt associé à l’auditoire de l’établissement où se déroule la scène, le public est invité à se joindre à la danse quand la configuration des lieux s’y prête.
Ce spectacle pluridisciplinaire sollicite autant le théâtre que la musique et le chant, voire la danse populaire.

Synopsis
Acte I : Arrabal 1900
Buenos Aires accueille chaque jour par milliers les nouveaux immigrants. Parmi eux, CARLO, arrivant de son petit hameau des Vallées vaudoises du Piémont. Il rejoint son ami LORENZO, débarqué quelques mois avant lui avec un même rêve : défricher une concession. La désillusion est cruelle quand il comprend que le temps de la distribution des terres est terminé. C’est maintenant la ville qui demande des hommes. La ville qu’il pensait fuir en quittant son pays pour échapper aux exodes hivernaux, à la recherche de quelques sous vers les centres urbains de la France voisine.
Quand il découvre la misère de l’arrabal (le faubourg), Carlo est pris de dégoût. Éloigné de sa famille, coupé de la spiritualité de son peuple, il est gagné par la nostalgie et les regrets.
C’est pourtant dans ce même arrabal, qu’un nouveau dessein prend forme. La découverte fortuite d’un bandonéon l’emporte dans une nouvelle passion. Cette musique étonnante, grave et légère en même temps, le fascine.
Acte II : Vaivenes porteños, (Aléas à Buenos Aires)

1908 : dans le patio du conventillo où il loge, Carlo apprivoise son instrument sous l’œil attentif de Lorenzo qui tient la guitare.
LEANDRO le bâtard, flûtiste et pianiste, se joint à eux avec son énigmatique compagne violoniste, LA MOROCHA. A eux quatre, ils forment Los Atípicos y su Orquesta. Cependant, la révolte gronde et la cohésion du groupe est mise à mal par l’engagement de Lorenzo dans le mouvement anarchiste.
1914 : les succès parisiens du tango argentin attisent la curiosité de la bourgeoisie portègne. Los Atípicos sont invités à La Ideal, un nouvel établissement qui s’inspire du style français. Le groupe devra composer avec l’absence de Lorenzo, emprisonné après avoir participé aux piquets de grève.
On demande aux musiciens d’accompagner une fille de service dotée d’une voix hors du commun. Carlo reconnaît en elle non pas la chanteuse parisienne présentée au public, mais une fille de son peuple : une Vaudoise du Piémont, piégée par le réseau de traite des françaises. Jouant d’astuce et de persuasion, il trouve le moyen de la faire sortir de l’établissement avec lui. C’est ainsi qu’ADELINE est exfiltrée des griffes de la mafia.
Acte III : Romanzas rioplatenses

1920 : le tango s’est enrichi musicalement. Afin de ne pas être à la traîne, Los Atípicos introduisent une contrebasse à leur orchestre. L’étoffe des instruments ajoutés au trio de départ étouffe le son de la guitare et cela ne fait pas le bonheur de Lorenzo. Une violente altercation s’ensuit. Pour résoudre le conflit, l’orchestre laisse davantage de place au tango canción, en pleine expansion dans le répertoire de l’époque, avec Lorenzo et Adeline dans les parties vocales.
1935 : la nouvelle de la mort de Carlos Gardel tombe en plein concert, lors d’une tournée en Uruguay. La brutalité de l’évènement réveille la nostalgie de Carlo. Le désir de revoir les siens s’impose à lui mais il ne peut leur avouer que depuis plus de trente ans, il est devenu un tanguero.
Profitant de leur présence en Uruguay, Carlo se fait accompagner par Adeline pour rencontrer le pasteur de Colonia Valdense, petite bourgade d’émigrants restés en contact avec les Vallées piémontaises. L’accueil du pasteur est attentif et bienveillant, mais il se montre sceptique. Carlo pourra-t-il soutenir à la fois ses fondements religieux et sa passion pour le tango ?

